Une journée de plus passée dans ce grand magasin

Ce fut avec la peur au ventre que je me suis levée ce matin, sachant que mes erreurs de la veille allaient me porter préjudice. En effet, à peine arrivée dans le rayon, madame Aurélie m’annonça que le directeur m’attendait dans son bureau.
Paniquée, je songeais déjà à une situation de secours afin de pouvoir répondre aux besoins de mes frères.
Une fois entrée dans le bureau, le portrait de la femme de monsieur Mouret me glaça le sang. Le patron était là, assis derrière son bureau, il me parlait d’un ton sec, me faisant toutes sortes de reproches. Je retournai à mon poste, heureuse de ne pas l’avoir perdu mais avec de nombreuses craintes concernant l’avenir.

 

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Premier jour; première vente

Je suis dans mon lit et repense à cette journée. J’ai commencé quand même un jour particulier puisque ce lundi 10 octobre  a marqué le début de la vente des nouveautés d’hiver. Monsieur Mouret était très inquiet ce matin, visiblement mais cela a été un succès. J’ai croisé Monsieur Lhomme qui clamait auprès de tous que les gains s’élevaient à 80742 Francs et 10 centimes. Un rire de jouissance avait parcouru tout le magasin: bref, c’était un grand jour.

Des amis ?…

Aujourd’hui, il y a tout de même eu deux personnes qui m’ont tendu la main. Tout d’abord, j’ai revu Hutin qui est venu me confier des clientes très influentes dont Mme Marty et Mme Desforges (j’ai cru comprendre qu’elle vivait une histoire avec Octave Mouret). Ce monsieur m’est très sympathique: c’est la deuxième fois qu’il me vient en aide. Puis, j’ai fait la connaissance de Pauline Cugnot, une vendeuse de la lingerie. Elle avait déjà pris ma défense dans la matinée mais en plus, alors que tout le monde se moquait de moi (même monsieur Mouret!), elle est venue me soutenir. J’ai hâte de causer avec elle.

Première journée au magasin…

Première journée au grand magasin. Mes jambes ne me portent plus et mon moral est au plus bas. Je me demande combien de temps je vais réussir à tenir de la sorte. Toutes les femmes de mon rayon, y compris ma supérieure -Madame Aurélie- sont mauvaises, et me persécutent sans cesse. Elles se sont liées contre moi, de façon à ce que je ne fasse aucune vente pour que je ne puisse toucher aucune prime. Par exemple, cette après-midi devant trois clientes très influentes, les vendeuses m’ont humiliée, ont critiqué devant ces dames mes compétences de vendeuse et se sont servi de moi comme porte-manteau. Alors que Monsieur Mouret passait par là, il se mit à rire de moi avec les personnes m’entourant. Je n’ai aucune envie que la journée de demain débute. Mon corps me fait terriblement souffrir.

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Je suis vendeuse au Bonheur des dames!!!

J’ai fini par trouver Madame Aurélie et j’ai décroché un poste de vendeuse « Au Bonheur des dames »! Je suis très contente…mais cela n’a pas été si facile que cela.

Les autres vendeuses ne sont pas très tendres; elles m’ont dévisagée de la tête aux pieds en attendant le retour de Madame Aurélie. J’ai dû attendre sans sourciller. Puis Madame Aurélie est arrivée: une femme sèche et aigrie qui s’est à peine occupée de moi. Elle m’a demandé mon âge puis s’est plongée dans un registre. Je ne savais que faire.

Alors est arrivé le jeune homme de toute à l’heure: c’était la troisième fois de la matinée. Celui-ci s’est mis à parler de moi avec Madame Aurélie et l’homme qui l’accompagnait (Bourdoncle). J’étais terrifiée; à chaque question que l’on me posait, j’avais l’impression d’aggraver mon cas: j’étais trop jeune, je n’ai pas travaillé à Paris, etc.  Par chance, le jeune homme connaissait la maison Cornaille et il a dit que c’était une bonne maison. J’ai repris espoir, montré mon certificat à Madame Aurélie qui s’est radoucie. Lorsque j’ai dit que j’étais la nièce de Baudu, le jeune homme a cru que c’était lui qui m’envoyait. J’ai ri, tellement cela paraissait singulier. S’il savait ce que mon oncle pense du magasin. Et là, il m’a dit quelques mots et j’ai compris que ce jeune homme était Octave Mouret!! Je suis devenue toute blanche. J’imaginais un monstre, un minotaure, pas un jeune homme aux yeux vieil or!

Madame Aurélie m’a congédié en me disant que l’on m’écrirait pour me tenir au courant. Je suis restée immobile puis suis partie. Dehors, j’ai revu le jeune homme de ce matin, il s’appelle Henri Deloche et je suis rentrée.

Enfin aujourd’hui, j’ai reçu une lettre: je suis prise au Bonheur des Dames! Je commence lundi 10 octobre!

En attendant la lettre…

Aujourd’hui, nous sommes samedi 8 octobre; j’attends la lettre du Bonheur des dames qui me dira si j’ai eu le poste de vendeuse.

Je suis allée voir Pépé et Jean qui vont bien et se font à leur nouvelle vie. J’ai hâte de commencer la mienne. Pour passer le temps, je regarde le magasin et rêve. Je pense à Monsieur Mouret; je me demande ce qu’il fait aujourd’hui. J’ai vu passer de belles dames dans le magasin: les connait-il? Qui sont-elles? Que font-elles?

Perdue dans le labyrinthe…

Au bout d’une heure, j’ai enfin pris mon courage à deux mains et suis rentrée dans le magasin. Cependant, j’étais si inquiète et tourmentée que je ne comprenais aucune indication que les commis me donnaient. J’ai erré de rayon en rayon dix bonnes minutes. J’avais à la fois envie de partir en courant et de rester pour admirer les étalages. J’avais l’impression d’être perdue dans un labyrinthe et j’avais peur de tomber sur un minotaure, de ne jamais pouvoir trouver ma route.

Je n’osais pas aller dans le hall des soieries car cela me faisait penser à une église et cela me terrifiait mais j’ai fini par y entrer pour échapper aux commis du blanc qui se riaient. J’avais l’impression qu’ils me poursuivaient de leurs rires, moi pauvre petite perdue. Et là j’ai buté contre un étalage de soies. J’ai rougi d’un coup et je suis restée à admirer ces tissus multicolores et magiques. Au bout d’un moment, j’ai entendu des voix autour de moi et j’ai levé les yeux: en face de moi, le jeune homme de toute à l’heure! Il me regardait, me semble-t-il, avec un air sévère. Je me sentais comme une enfant qui va être grondée. Pour essayer de me tirer d’embarras, j’ai demandé au commis à côté de moi, s’il pouvait me dire où se trouvait Madame Aurélie. Un homme très gentil m’a aidée à sortir du mauvais pas, en me souriant et en m’expliquant où je pourrais la trouver. Cela m’a fait beaucoup de bien, un petit rayon de soleil dans ce labyrinthe effrayant.