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Journée à la campagne!

Nos avons passé une super journée à Joinville, Pauline, Baugé et moi-même. Tous les deux m’ont invitée à me joindre à eux car Madame Aurélie m’a gentiment ignorée lorsqu’elle a proposé aux filles d’aller à la campagne (soit dit en passant, les Lhomme forment tout de même une drôle de famille).

A Joinville, nous avons vu Hutin – mon coeur a bondi et en même temps j’étais si triste…Je crois que je commence à l’aimer. Nous avons aussi retrouvé Deloche – nous avons marché tous les deux. Il m’a dit qu’il m’aimait; nous avons pleuré tous les deux. Je veux juste être son amie

En revanche, je suis rentrée seule au magasin, laissant à Pauline et Baugé une petite intimité. En rentrant, je me faufilais dans le noir, le plus discrètement possible. J’ai eu peur lorsque j’ai entendu les ronflements orageux de Joseph; j’ai redoublé de discrétion lorsque j’ai entendu Henri se coucher. Et là, je suis tombée sur Monsieur Mouret. Il m’a adressé quelques mots et m’a remarqué bizarrement. Enfin, je veux dire que pour la première fois depuis six mois, j’ai eu l’impression qu’il me voyait. J’étais un peu mal à l’aise alors je l’ai salué et suis montée me coucher.

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Les feux de l’amour

Après avoir discuté avec Pauline, j’ai découvert toutes les histories de coeur qui règnent au Bonheur des Dames! Clara est un scandale à elle toute seule, Marguerite a priori n’a pas d’amoureux, on ne sait pas pour Mme Frédéric, Madame Aurélie aimerait les jeunes hommes obéissants. Ce qui m’a le plus perturbé, c’est de découvrir la passion secrète de Colomban, le fiancé de ma cousine. Pauvre Geneviève! Pauline est heureuse avec Baugé. Albert Lhomme a aussi de nombreuses aventures (d’ailleurs, j’ai l’impression qu’il y a eu un véritable scandale autour du fils de Madame Aurélie)…

Enfin, Deloche semble vouloir me faire la cour, mais moi je ne suis pas particulièrement intéressée par lui. Il est gentil garçon mais mon coeur bat pour un autre homme : H….

Jean est venu me demander de l’argent…

Moi qui espérais tellement pouvoir m’acheter des petites bottines légères. Tout à l’heure, Joseph est venu me voir pour m’avertir que quelqu’un m’attendait en bas. Les filles ont persifflé, bien sûr. En bas, il y avait Jean. Je lui avais pourtant formellement interdit de venir ici – il s’en moque visiblement, de ma réputation. Pourtant, il paraissait hors de lui, sans casquette. Il avait couru. Il m’a demandé 10francs en me disant que si je ne lui donnais pas, alors il était un homme perdu. Il m’a fait peur, il a rougi. Une histoire de femme visiblement.

J’ai cédé; je lui ai donné les dix francs mais je n’ai pas encore payé le loyer pour Pépé. Mes pieds vont encore souffrir. Je tourne dans mon lit en vain; depuis que je suis ici, j’ai à peine de quoi payer la pension de pépé. La nuit, je dois repriser mon linge, raccommoder mes chemises, faire des lessives dans la cuvette. Je ne sais encore combien de temps ma petite robe en laine va tenir. La dernière fois, il m’a fallu 15 jours pour renouveler ma provision de fil et d’aiguilles. Et Pépé? Je m’inquiète tellement pour lui…Il ne peut se retrouver à la rue!!!  Je n’aurai pas du aller voir Pépé dimanche dernier : Guignol, le pain d’épice et la pelle, c’était trop. S’il se retrouve à la rue, ce n’est pas Guignol qui va l’abriter. Ô mon Dieu!

Je n’ai personne à qui parler. Je suis si inquiète que je pleure comme une cruche en écrivant.

Fatiguée…

Je suis fatiguée…Je n’ai pas eu le temps de venir dernièrement sur mon blog tellement je suis fatiguée. Les paquets de vêtements me cassent les bras à tel point que la nuit, je crois que je gémis dans mon sommeil. Mes pieds me font mal; j’ai toujours mes gros souliers de Valogne et je ne peux m’acheter de petites bottines légères. Mes pieds sont enflés. Les filles, toujours langues de vipère,m’ont surnommée « sabot » et « tête de pioche »: elles croient que je ne les entends pas. Même Madame Frédéric est rentrée dans le groupe des filles…

J’ai appris à sourire malgré leurs sourires perfides et hostiles, à déplacer mes pieds malgré mes sabots épais, à soulever mes bras de plomb. La neige est arrivée, j’ai si froid dans mon lit. J’écris ce soir, n’arrivant pas à m’endormir; j’ai peur que la gelée ne me perce le visage…

Un début d’amitié

Tout à l’heure, j’ai réussi à sécher mes larmes et je me suis mise à repriser mes chaussures. Et là, j’ai eu une visite: Pauline, la fille du rayon lingerie, est venue dans ma chambre. Quel bien cela m’a fait de parler à une amie, de ne plus faire de cachoteries.  J’ai pu enfin dire tout ce que j’avais sur le coeur. Ouf! Il faut juste faire attention à Madame Cabin!

Une journée de plus passée dans ce grand magasin

Ce fut avec la peur au ventre que je me suis levée ce matin, sachant que mes erreurs de la veille allaient me porter préjudice. En effet, à peine arrivée dans le rayon, madame Aurélie m’annonça que le directeur m’attendait dans son bureau.
Paniquée, je songeais déjà à une situation de secours afin de pouvoir répondre aux besoins de mes frères.
Une fois entrée dans le bureau, le portrait de la femme de monsieur Mouret me glaça le sang. Le patron était là, assis derrière son bureau, il me parlait d’un ton sec, me faisant toutes sortes de reproches. Je retournai à mon poste, heureuse de ne pas l’avoir perdu mais avec de nombreuses craintes concernant l’avenir.

 

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